D’une manière générale, l’impact se définit comme l’empreinte résultant d’une action sur une cible. Du point de vue des programmes de développement, c’est le changement final recherché.
Alors pourquoi tout ce débat sur la différence entre “effet” et “impact”?
Tout programme de développement met en œuvre des ressources (matérielles, financières, humaines, “temporelles” ou autres) pour livrer des biens et services à un ensemble de clients donnés. Les biens et services livres constituent les résultats. Il est parfois aisé de différencier les activités de livraison des résultats, parfois non.
Considérons notre programme de lutte contre le paludisme. La formation de 50 chefs de ménages sur les voies de transmission du paludisme est une activité. Après avoir formé les chefs de ménage, le formateur fait un test et déclare comme connaissant les voies de transmission du paludisme, toute personne ayant 80% des points dubtest. Cela permet de connaitre le résultat de la formation : 50 chefs de menage connaissent les voies de transmission du paludisme. Si tous les 50 chefs de menage n’ont pas 80% des points, le résultat n’est pas atteint. Dans ce cas, il faut renforcer les connaissances de ceux qui n’ont pas eu 80% des points, ou former de nouveaux. Le résultat est donc différent de l’activité.
Considérons toujours le programme de lutte contre le paludisme. Construire un centre hospitalier est l’activité. Un centre de santé livré est le résultat. L’activité et le résultat sont similaires et difficiles à différencier.
Mais, pourquoi former des chefs de ménages sur les voies de transmission sur le paludisme ou construire un centre de santé ?
Par exemple parce qu’on veut réduire le nombre de nouveaux cas de paludisme, et aussi améliorer la prise en charge des personnes malades, le tout ayant pour but de réduire la mortalité due au paludisme. On constate que dans ce cas précis, l’effet recherché est direct et facile à définir.
Supposons maintenant que notre programme de lutte contre le paludisme, nous voulons le développer dans une zone où des structures existent ; mais sont mal gérées, et cela à telle enseigne que la qualité des services delivrés soit inacceptable pour les éventuels patients et leur famille.
Dans ce cas, une solution durable peut être d’amener la structure de gestion du centre de santé à mettre en place un système assurant une amélioration continue de la qualité des soins prodigués, de l’accueil à la guérison (ou au décès) du patient.
Dans ce cas précis, la stratégie peut être de former les parties prendrez à la gestion et l’amélioration de la qualité des services délivrés par un centre de santé. Un premier changement peut apparaitre au niveau de l’équipe de gestion, c’est-à-dire, un comportement favorable à l’amélioration de la qualité des services. Un autre peut être une meilleure identification et mise en oeuvre des rôles et responsabilités de chaque membre de l’équipe de gestion, la mise en place de réglementations et le développement d’outils de mesure de la qualité. Cela est un changement créé par le service de formation délivré par le programme.
Un changement postérieur peut être un accroissement du nombre de patients venant au centre de santé et un ultime changement peut être la réduction du nombre de décès dus au paludisme.
Alors, quel doit être l’impact de ce programme ? Beaucoup diront la réduction de la mortalité due au paludisme. Pas évident ! Car certains peuvent alléguer que c’est l’amélioration de la qualité des services. Et d’autres, les changements dans le système de gestion !
Un paramètre qui peut permettre de déterminer ce qu’est l’impact du programme, est le problème qu’il veut résoudre.
En effet, les changements dans le système de gestion du centre de santé peuvent être de bonne facture et ne pas jouer sur la qualité des services, si par exemple, le personnel a un niveau technique très bas et qu’aucune structure accessible au centre de santé ne peut améliorer ce niveau.
La qualité peut s’améliorer, mais ne pas attirer les foules, si par exemple le pouvoir économique des populations est trop faible pour payer les services du centre de santé !
Mais enfin, où doit-on s’arrêter pour la définition de l’impact ?
Un second paramètre est l’ensemble des hypothèses qui permettent de passer de la livraison de biens et services au changement désiré. Si les concepteurs du programme sont prêts à assumer l’hypothèse, ils peuvent passer à un changement de plus long terme, sinon, il est préférable de se cantonner au changement précédent l’hypothèse.
La différence entre l’impact et les effets est que l’impact est le changement ultime et les effets, tous les changements intermédiaires entre les résultats et l’impact.
Corollaire, dans la conception d’un programme, après l’identification du problème a résoudre, la premier chose a déterminer est l’impact. Ainsi, après analyse des problèmes, des coûts, de l’environnement, on peut revoir à la baisse ses ambitions. Très souvent, si l’équipe de conception commence par les biens et services a livrer, une surenchère sur l’impact commence et on entend souvent cette phrase catégorique : “ce changement est un effet, non un impact ! Nos activités peuvent mener à un changement plus ultime !”
Et voilà l’erreur à éviter : l’impact n’est pas le changement collatéral éventuel auquel peuvent mener nos activités ; mais la résolution du problème auquel le programme DOIT impérativement s’attaquer et dont les concepteurs et les gestionnaires sont prêts à assumer la responsabilité.
Voilà, tout est dit, et à la prochaine fois !